Zachary Wallmark (Université de l'Oregon) [PI] avec Charalampos Saitis (Université Queen Mary de Londres)

15 septembre 2020

Description:

La luminosité fait partie des aspects les plus étudiés de la perception musicale, et sans doute l’un des indices timbraux les plus importants que les interprètes, les compositeurs et les ingénieurs du son façonnent activement. D’un point de vue psychoacoustique, les sons qualifiés de « lumineux » présentent une accentuation des hautes fréquences dans le spectre, et les sons comportant davantage d’énergie dans les hautes fréquences sont décrits comme lumineux. Cependant, on en sait relativement peu sur les mécanismes neuronaux qui sous-tendent ces descriptions métaphoriques. La luminosité timbrale implique-t-elle la contribution des zones du cerveau chargées du traitement visuel ? Les sons semblent-ils brillants parce que nos systèmes auditif et visuel communiquent directement, ou parce qu’ils sont chacun reliés à une zone supramodale où est codée une représentation plus abstraite et de plus haut niveau de ce qu’implique la brillance ?

On a mené une étude utilisant une tâche d’interférence de hauteur tonale par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Dans le scanner, les participants devaient décider lequel des deux sons présentés successivement avait la hauteur la plus élevée (comparaison de hauteur) ou était le plus brillant (comparaison de brillance). Les stimuli étaient des complexes harmoniques synthétiques différant par leur F0 et leur centre spectral (deux de chaque). On a manipulé la congruence entre la hauteur et la luminosité, ce qui a donné un plan factoriel 2x2. Il a été démontré que les interactions entre la valeur numérique et le niveau de luminosité des chiffres modulent l'activité dans le lobe pariétal, une zone précédemment impliquée dans le traitement de la magnitude. En mettant en œuvre un paradigme auditif analogue, cette étude a examiné les corrélats neuronaux de la luminosité timbrale. On a émis l'hypothèse que les sons plus brillants activeraient des régions de représentations supramodales dans le lobe pariétal et/ou les zones visuelles par rapport aux sons non brillants.

Les scans ont été réalisés au CUBIC (Combined Universities Brain Imaging Center) à Londres et au Lewis Center for Neuroimaging de l'université de l'Oregon à Eugene, OR.

Cette étude a permis de mieux comprendre les fondements intermodaux de la luminosité timbrale, ce qui pourrait avoir de nombreuses applications envisageables en composition et en interprétation. Les résultats nous aideront à résoudre une question soulevée depuis l’Antiquité : pourquoi conceptualisons-nous les sons par comparaison avec les autres sens ? On publiera nos résultats dans une revue à comité de lecture telle que Music Perception.