91ɬÂţ

Se reconnecter, réfléchir et se reconstruire dans la nature : la prochaine retraite pour jeunes adultes en deuil

Ce mois-ci, l'équipe de soins de soutien de la résidence de soins palliatifs Teresa Dellar organise une retraite de trois jours dédiée au deuil, destinée aux jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans, afin qu'ils puissent partager leurs histoires, réfléchir et se reconstruire au contact de la nature. « Lorsque vous êtes en deuil et que vous contemplez un lac magnifique et paisible, vous ressentez une impression d’immensité, le sentiment d’être connecté à quelque chose de plus grand que vous, ce qui est très rassurant et apaisant », explique Pauline Orr, assistante sociale et psychothérapeute qui dirige le programme de deuil à la Résidence de soins palliatifs Teresa Dellar. Dans cette interview, Pauline explique en détail comment cette retraite peut aider les jeunes adultes qui ont perdu un être cher.

Vanessa Ruan (VR) : Bonjour Pauline, peux-tu nous expliquer brièvement pourquoi ton équipe et toi organisez une retraite de deuil spécialement destinée aux jeunes adultes ? En quoi la situation des jeunes adultes en deuil diffère-t-elle de celle des adultes plus âgés ?

Pauline Orr (PO) : Les jeunes adultes se trouvent à un moment de leur vie où ils prennent leur envol. La plupart de nos jeunes participants ont perdu un parent, qui jouait peut-être un rôle de mentor dans leur développement. Sans ce parent, ces jeunes adultes peuvent rencontrer des difficultés croissantes lorsqu’ils tentent de répondre à des questions identitaires telles que « qui suis-je et qui ne suis-je pas ? Qui est-ce que je veux être ? » La situation est différente pour un adulte plus âgé, qui a peut-être une idée un peu plus précise de qui il est. Outre la question de l’identité, il y a aussi beaucoup d’incertitudes à cet âge : les jeunes adultes peuvent être en train de s’installer dans leur premier appartement, de se marier et de projeter de fonder une famille, ou encore de changer de carrière. Et un deuil peut tout simplement paralyser cette phase de développement de la vie.

Si des personnes perdent un être cher à un jeune âge, elles peuvent refouler leurs sentiments, car ces émotions sont difficiles à vivre. Elles n’ont peut-être pas le temps de s’y attarder et ressentent de la honte à l’idée d’éprouver des émotions intenses, car notre société ne dit pas : « Hé, c’est normal d’exprimer son chagrin à voix haute. » Elle dit plutôt : « Bon, le temps est écoulé. » Mais même si vous l’avez refoulé, je ne pense pas que le chagrin disparaisse jamais. La perte restera avec nous, et nous grandissons avec elle.

VR : À quelles activités les participants peuvent-ils s'attendre lors de cette retraite ?

PO : Nous alternerons entre grands et petits groupes. Tout d'abord, nous briserons la glace dès notre arrivée vendredi soir. Ensuite, nous nous réunirons pour présenter notre thème, qui porte sur le deuil, et nous laisserons les participants partager, en petits groupes, le souvenir des personnes qu'ils ont perdues. Au cours des deux jours suivants, nous ferons également des activités artistiques, organiserons des ateliers pour discuter de certains thèmes et allumerons des feux de camp pour chanter le soir. Il y a aussi un sentier de randonnée, donc nous ferons une balade si le temps le permet.

VR : En quoi ces activités contribuent-elles au processus de guérison ?

PO : Pour moi, parler est une forme d’expression. Mais tout le monde n’est pas capable d’exprimer verbalement ce qu’il souhaite dire. Parfois, il faut bouger. Et le simple fait d’être dans la nature a un effet apaisant. Comme l’a décrit John Muir : « La paix de la nature vous envahira comme la lumière du soleil envahit les arbres. » Dès que je me retrouve dans la nature, je ressens cette énergie apaisante. Et il y a quelque chose dans la nature qui va au-delà de l’apaisement. La nature est un si bel exemple de vie et de mort. Quand on s’assoit là, on voit que le printemps touche à sa fin. Les choses meurent à l’automne, puis entrent en hibernation ou en dormance. Et il y a une régénération dans cette période calme et sombre, puis une résurgence de la vie. C’est simplement là. Sans même s’en rendre compte, quand on est assis là, c’est rassurant.

Conformément à notre approche holistique du deuil et de la guérison, nous disposons d’une équipe composée de deux travailleurs sociaux, d’un musicothérapeute et de deux art-thérapeutes qui aideront à organiser différentes activités. Comme chacun peut préférer différentes formes d’expression, toutes ces différentes méthodes permettent à chacun d’avoir la possibilité de s’exprimer au sein du groupe. Enfin, lorsque les participants de ce groupe partageront leur expérience, ils s’identifieront les uns aux autres, se sentiront écoutés et vus, et seront compris.

VR : Y a-t-il des situations dans lesquelles vous ne recommanderiez pas cette retraite de deuil à quelqu’un ?

PO : Si le décès est survenu au cours des deux derniers mois, nous proposons à la personne une séance d’accompagnement individuelle et l’encourageons à nous rejoindre plus tard, car le deuil est peut-être si récent qu’elle est encore sous le choc et qu’il lui est difficile de l’assimiler immédiatement.

La retraite pour jeunes adultes en deuil, ouverte aux jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans, aura lieu du 22 au 24 mai, dans le cadre idyllique du Camp Kinkora à Sainte-Agathe, au Québec. Si vous souhaitez en savoir plus, veuillez contacter Pauline par courriel (porr [at] tdpcr.ca) ou par téléphone (514-693-1718).

Back to top