91ɬÂţ

Enraciner la culture du cinĂ©ma Ă  91ɬÂţ

L'Ă©crivain et professeur Alain Farah a participĂ© Ă  la soirĂ©e inaugurale de la sĂ©rie ·ˇ˛Ô°ů˛ął¦ľ±˛ÔĂ© au CinĂ©ma du MusĂ©e oĂą il a prĂ©sentĂ© le film La Haine de Mathieu Kassovitz.
Image by Vincent Morreale .

J’ai eu la chance, le 17 avril dernier, d’ouvrir, au Cinéma du Musée, le cycle , une nouvelle série destinée à l’exploration des croisements entre migration, identité, pratique artistique et cinéma. Jusqu’en juillet, des artistes autochtones et d’autres issu.e.s de l’immigration, présenteront un film ayant marqué leur compréhension de l’identité, du sentiment d’appartenance et de la continuité culturelle. Ces projections, initiées par Teejay Bhalla, coordonnateur de programmation, participent de la mission de cette imposante salle qui promeut l’échange et l’engagement communautaire. Je peux témoigner du fait que le Cinéma du Musée est au cœur d’une indubitable vitalité culturelle : je pense aux nombreuses premières, ou encore à la série animée par mon collègue Frédéric Charbonneau depuis quelques années.

C’est devant une salle comble que nous avons prĂ©sentĂ© La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz. Ce choix s’est imposĂ© instinctivement : la perspective proposĂ©e par ·ˇ˛Ô°ů˛ął¦ľ±˛ÔĂ©, je l’ai entendue comme un appel Ă  revenir Ă  ce moment originaire de ma pratique d’écrivain, lĂ  oĂą mon identitĂ© de citoyen aussi prenait forme, par la dĂ©couverte d’œuvres marquantes. J’avais seize ans, la première fois que j’ai vu La Haine et la trajectoire des protagonistes SaĂŻd, Vinz et surtout Cousin Hub m’habitent toujours depuis. Le film n’a pas vieilli d’une ride, et bien que cette journĂ©e dans la CitĂ© des Muguets se termine par une tragĂ©die, on la traverse le sourire aux lèvres, tant Kassovitz nous convie Ă  une cĂ©lĂ©bration d’une jeunesse mĂ©tissĂ©e et oisive, entĂŞtĂ©e, impĂ©nitente, tant il donne Ă  voir les pĂ©rils de la polarisation, la cacophonie qu’elle produit. Ce constat, Ă  voir la rĂ©action du public le 17 avril, rĂ©sonne avec l’époque confuse et imprĂ©visible que nous traversons.

Des spectateurs devant des affiches

Comme professeur, j’aime rappeler à mes étudiant.e.s que j’apprends beaucoup de nos échanges, mais je crains, ce faisant, d’avoir l’air de leur servir la soupe. Ce genre d’affirmation sonne creux, peut-être, à leurs oreilles, mais tout enseignant peut témoigner de la manière dont nos connaissances évoluent dans l’exercice même de la transmission. Des circonstances bien concrètes m’ont mené, alors que rien ne m’y destinait dans ma trajectoire académique, à enseigner l’histoire du cinéma francophone au Département des littératures de langue française. Un cours vacant, des intitulés attirants : j’ai sauté sur l’occasion. Depuis belle lurette, aux dix-huit mois environ, j’enseigne deux cours de cinéma, Cinéma québécois (FREN315) et Cinéma français (FREN310), dans le cadre de la mineure en «World cinemas», une des plus courues de la faculté. Cette aventure a permis aux étudiant.e.s d’assister, dans le cadre de mes cours, à des discussions avec des cinéastes chevronné.e.s comme Jean-Marc Vallée ou Anne Émond, ou encore de s’engager dans des expériences d’apprentissage par expérience communautaire, en animant des Q&A pendant les Rendez-vous Québec cinéma.

Image by Vincent Morreale .

L’invitation de Teejay Balah et de Roxane Sayegh qui dirige le CinĂ©ma du MusĂ©e, mais aussi le Parc et le Beaubien, Ă  ouvrir le cycle ·ˇ˛Ô°ů˛ął¦ľ±˛ÔĂ© a la belle allure d’un clin d’œil du destin, sur le mode d’un joyeux retour qui malmène ma crainte du mauvais Ĺ“il. C’est bien loin de l’UniversitĂ©, qu’adolescent, dans les salles du Palace, du Berri, ou du York, j’ai connu le cinĂ©ma; c’est au sein de l’UniversitĂ© que depuis des annĂ©es, je l’enseigne; ces derniers temps, aussi bien en accompagnant le film que Philippe Falardeau a tirĂ© de mon dernier roman, qu’en participant Ă  ·ˇ˛Ô°ů˛ął¦ľ±˛ÔĂ©, je retourne dans les salles, transformĂ© par mon parcours de professeur Ă  91ɬÂţ.

Image by Vincent Morreale .

Je reste un grand superstitieux (c’est aussi ça, ĂŞtre enracinĂ© dans la culture mĂ©diterranĂ©enne!), mais j’ose tout de mĂŞme taquiner le destin en lançant un appel Ă  notre communautĂ© : il est plus que temps que 91ɬÂţ se dote d’une salle de cinĂ©ma digne du prestige de notre campus du centre-ville.

Alain Farah est Ă©crivain et professeur titulaire au DĂ©partement des littĂ©ratures de langue française Ă  91ɬÂţ depuis 2009. Son troisième roman, Mille secrets mille dangers, Prix du Gouverneur gĂ©nĂ©ral 2022, a reçu un accueil des plus enthousiastes de la part des libraires, de la presse et des lectrices et lecteurs de tous âges. En 2025, il a cosignĂ© avec Philippe Falardeau le scĂ©nario de l’adaptation cinĂ©matographique de Mille secrets mille dangers, film prĂ©sentĂ© depuis sa sortie dans de nombreux festivals Ă  travers (TIFF, FCVQ, Hambourg, Busan, Palm Springs, Mons). 

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